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Musique cévenole, musique austère ? |
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Parler en quelques lignes de la musique traditionnelle et des chants populaires en Cévennes n'est pas une mince affaire. Je me bornerai donc à parler de mon expérience personnelle au sein du groupe Aiga Linda, dans un pays cévenol à cheval sur le Gard et la Lozère, s'articulant autour des vallées des Gardons, embrassant le Mont Aigoual et le Mont Lozère, glissant sur le Vivarais vers Les Vans, pour atteindre le bas pays, ce piémont cévenol, d'Alès à Saint-Hippolyte-du-Fort, poursuivant vers Ganges et le Vigan. C'est sur ce territoire, vaste et contrasté, que tout a commencé, un matin de 1981. Deux ans auparavant, en octobre 1979, j'avais rejoint le groupe Aiga Linda (né en 1978) qui s'inspirait alors des groupes "folk" comme Tri Yann, Malicorne... |
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Bientôt, le répertoire s'ouvrit aux chants et danses des premiers grands groupes occitans tels que Mont-Joià, Sauveterre, Perlinpinpin Fòlk... Et puis donc, en 1981, grâce à Pierre Mazodier, libraire occitan à Salindres, je rencontrais Jean-Noël Pelen -universitaire, chercheur au C.N.R.S., infatigable laboureur de la tradition orale en Cévennes- pour la sortie de son 33 tours Cansons popularas de la Cevenas (introuvable aujourd'hui). Un chercheur-chanteur, ce n'était pas banal, et l'amitié rapidement née entre nous me permit d'apprendre que Jean-Noël travaillait à la parution prochaine du tome 3 du Temps cévenol : le conte et la chanson populaire. La preuve était faite qu'un répertoire traditionnel existait en Cévennes, quasi inconnu de tous. Aiga Linda allait saisir l'occasion de devenir le premier groupe cévenol de musique traditionnelle, et ce jusqu'en 1993, date de la séparation du quatuor. Depuis, René et moi-même perpétuons l'aventure en duo, avec toujours autant de plaisir. Dans les années 70, le travail de Jean-Noël Pelen avait porté sur la Vallée Longue (d'Alès à Florac) par des enquêtes sur le terrain, mais aussi sur une judicieuse compilation des travaux des folkloristes Montel et Lambert (XIXe siècle) grâce à leurs informateurs présents sur le terrain, et qui méritent d'êtres cités ici : le poète Arnavieille à Alès, le pasteur Fresquet à Colognac, Melle Causse à Meyrueis, le pasteur Liebich à Saint-André-de-Lancize et Saint-Germain-de-Calberte, M. Chassary à Camprieu et Melle Hermet à Génolhac. Auxquels il convient d'ajouter, de retour à notre époque moderne, Mme Louise Lacombe et M. Jean-Paul Chabrol (pour Barre-des-Cévennes). Une autre enquête, très fouillée et très riche, fut réalisée par Claudette Castell et Nicole Coulomb au début des années 80. Elle portait sur le Mont Lozère, faisant apparaître pour ce secteur, un nombre important de chants, tant en français qu'en occitan, et attestant la présence de nombreux chanteurs possédant un répertoire personnel important. Ce qui était moins le cas dans les vallées cévenoles, traditionnellement huguenotes depuis l'apparition de la Réforme dès le milieu du XVIe siècle, alors que les hautes terres du Lozère demeuraient essentiellement catholiques. Ce sujet étant bien trop vaste pour être abordé ici, je citerai simplement une observation concrète faite par les musiciens d'Aiga Linda lors de nombreuses soirées de type concert-bal, à savoir une écoute attentive et feutrée du concert puis un attrait moyen pour la danse en pays protestant, alors que sur le Mont Lozère, l'impatience à voir le concert s'achever était parfois réelle, pour enfin danser, danser avec une énergie joyeuse... Certains pourraient qualifier le répertoire cévenol de trop austère ; faut-il y voir l'empreinte de l'histoire ou bien notre empressement humain à vouloir tout étiqueter ? C'est vrai que les mélodies sont souvent simples, mais pas forcément plus qu'ailleurs, c'est vrai qu'il y a absences de polyphonies, que certains refrains de danse n'ont qu'une partie musicale... Ces particularités en font aussi sa richesse. Et s'il n'y a pas d'instruments marquants dans les vallées -où l'on chantait surtout-, il y a le hautbois, ce graille, "aquèl auboï" qui, après avoir traversé la Méditerranée, s'est enraciné sur le littoral languedocien, a atteint le bas pays cévenol (Alès, Anduze, Saint-Hippolyte) et puis s'est retrouvé, voyageant peut-être dans le sac des bergers transhumants, sur le Mont Lozère où il était encore bien présent à la veille de la première guerre mondiale. Comment, alors, redonner, retransmettre cette musique, ces chants ? Fallait-il les interpréter à capella, à l'unisson ? AIGA LINDA a choisi, au début des années 80, en respectant les mélodies originelles, de poser ses arrangements et ses instruments divers par dessus, nourri d'influences folks et de ses propres choix, en essayant de préserver l'essentiel de cette culture orale : son esprit. Il est souvent reconnu aujourd'hui qu'une tradition peut et doit évoluer au gré du temps et de la sensibilité de ceux qui la perpétuent, sans perdre de vue le respect qu'on lui doit, car elle est la mémoire d'un pays et celle des hommes qui l'ont façonnée. Hervé Robert |
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